Méditation · 12 janvier 2025
Phosphore et cendres
Le phosphore n'est pas un mot de chimie : c'est un mot de climat intérieur, inventé par un siècle qui se consumait sans flamme. Quand Huysmans écrit que les crises mystiques et libertines entraînent des « déperditions de phosphore », il ne décrit pas une carence de laboratoire, il décrit la sensation exacte de l'âme moderne : briller moins, brûler pareil.
J'aime que ce mot soit double. Il désigne ce qui s'épuise — le nerf, la réserve, la jeunesse — et ce qui luit dans l'épuisement même. Une bougie qui vacille produit plus d'ombres qu'une lampe stable ; c'est peut-être pour cela que nous lisons les décadents le soir, quand la lumière est chère.
Ce site s'appelle Déperditions de phosphore parce que je crois que la littérature est une dépense : on y perd ses certitudes, son temps, quelquefois son sommeil, et l'on y gagne une clarté que rien d'économe ne sait donner. Les autrices que je réhabilite ici ont toutes payé de cette monnaie-là. Leurs œuvres sont des cendres qui gardent la forme du feu.
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