Réhabilitation littéraire

Le Panthéon des oubliées

Elles ont écrit, publié, souvent triomphé — puis la bibliothèque les a rangées en hauteur. Chaque semaine, une d'elles redescend vers la lumière.

Comédienne de province devenue poétesse, Marceline Desbordes-Valmore invente une poésie intime que les romantiques admirent et que Verlaine salue comme l'une des plus hautes du siècle. Élégies et romances (1819), Les Pleurs (1833), Pauvres fleurs (1839) : ses vers disent la maternité, l'exil, l'amour perdu, avec une justesse que la critique masculine mit un siècle à reconnaître. Baudelaire lui-même, dans son étude sur les femmes écrivains, lui rendit hommage.

« N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre. »Marceline Desbordes-Valmore, « Les Séparés », Pauvres fleurs (1839)

Œuvres majeures

  • Élégies et romances (1819)
  • Les Pleurs (1833)
  • Pauvres fleurs (1839)

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Fille de Théophile Gautier, Judith Gautier apprend le chinois seule, à seize ans, par amour des littératures d'Orient. Le Livre de jade (1867), adaptation libre des poètes chinois, est un chef-d'œuvre de transparence qui enchante Mallarmé. Romancière d'une érudition lumineuse — Le Dragon impérial, L'Usurpateur couronné par l'Académie française — elle devient en 1910 la première femme membre de l'Académie Goncourt.

« Les fleurs de pêcher voltigent comme des papillons roses. »Judith Gautier, « Indifférence aux douceurs de l'été », Le Livre de jade (1867)

Œuvres majeures

  • Le Livre de jade (1867)
  • Le Dragon impérial (1869)
  • La Sœur du soleil (1887)

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Née princesse Bibesco-Bassaraba de Brancovan, Anna de Noailles est la voix la plus solaire du premier xxe siècle français. Le Cœur innombrable (1901) et L'Ombre des jours (1902) imposent une poésie charnelle, végétale, hantée par le vertige du temps. Élue à l'Académie royale de Belgique, première femme commandeur de la Légion d'honneur, elle traverse le siècle en tenant tête à Barrès, à Proust et à la mort, qu'elle nomme sans détour.

« Ô soleil, toi sans qui les choses ne seraient que ce qu'elles sont ! »Anna de Noailles, « La Vie profonde », Le Cœur innombrable (1901)

Œuvres majeures

  • Le Cœur innombrable (1901)
  • Les Éblouissements (1907)
  • Les Vivants et les morts (1913)

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Marguerite Eymery, dite Rachilde, débarque à Paris à dix-huit ans avec un manuscrit sous le bras et une réputation de garçonne. Monsieur Vénus (1884), roman renversant les rôles du désir, lui vaut un procès en Belgique et le surnom de « Mademoiselle Baudelaire ». Compagne d'Alfred Vallette, elle tient le Mercure de France pendant un demi-siècle, publiant une œuvre noire et magnifique : La Marquise de Sade, La Tour d'amour, Le Meneur de louves.

« Je vois encore cette chambre, peinte en jaune, pleine de grosses mouches à viande qui bourdonnaient autour des encriers. »Rachilde, La Tour d'amour (1899)

Œuvres majeures

  • Monsieur Vénus (1884)
  • La Marquise de Sade (1887)
  • La Tour d'amour (1899)

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Née Pauline Mary Tarn à Londres, Renée Vivien choisit le français pour langue poétique et Paris pour patrie. Figure centrale du saphisme littéraire de la Belle Époque, proche de Natalie Clifford Barney, elle publie Études et préludes (1901), Cendres et poussières (1902) puis Évocations (1903), où elle réinvente la poésie de Sappho. Son œuvre, brûlée par le désir et la mort, s'éteint avec elle en 1909, à trente-deux ans, après une vie de renoncements et d'absinthe.

« Elle porte en ses mains le sommeil et la mort. »Renée Vivien, poème (recueils des années 1900)

Œuvres majeures

  • Cendres et poussières (1902)
  • Une femme m'apparut (1904)
  • À l'heure des mains jointes (1906)

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Antoinette de Bergevin, sous le pseudonyme de Colette Yver, consacre sa plume aux femmes qui travaillent : médecins, scientifiques, épouses de ministres. Les Cervelines (1903) et Princesses de science (1907) décrivent avec une précision clinique le prix que les femmes paient pour le savoir. Comment s'en vont les reines (1905), roman du sacrifice politique féminin, reste son chef-d'œuvre le plus injustement oublié.

« Un coupé de louage, traversant Oldsburg, emmenait le ménage Wartz au bal que la Reine offrait aux membres du Parlement poméranien. »Colette Yver, Comment s'en vont les reines (1905)

Œuvres majeures

  • Les Cervelines (1903)
  • Comment s'en vont les reines (1905)
  • Princesses de science (1907)

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Ce Panthéon s'enrichit chaque jour — Charlotte y écrit une réhabilitation par semaine.